Neuf mois autour du monde

  • Post published:12 août 2021
  • Post category:Tourisme / TOUT
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Temps de lecture : 8 minutes

Certains nous appellent désormais des globetrotteurs. Je nous appelle simplement des rêveurs. Nous faisons un pari : tout laisser derrière sans savoir ce que nous rencontrerons sur la route. Sortir de notre zone de confort pour aller embrasser l’inconnu.

2018, un projet naît dans nos esprits. Il est le fruit logique d’un mélange de curiosité, de besoin de découverte, de nécessité de mouvement, de routes et de couleurs. Un an, ce sera le temps nécessaire pour budgétiser le projet, économiser, organiser, dominer sa peur et faire croitre l’impatience… Puis un jour de mai 2019, l’avion quitte enfin le tarmac de Paris.

Certains nous appellent désormais des globetrotteurs ou des tourdumondistes. Je nous appelle simplement des rêveurs. Nous faisons un pari : tout laisser derrière sans savoir ce que nous rencontrerons sur la route. Sortir de notre zone de confort pour aller embrasser l’inconnu.

Pendant neuf mois, toutes nos vies contenues dans quinze kilos de sacs-à-dos, Gaétan et moi parcourons une dizaine de pays. De l’Amérique du Sud, en passant par les îles du Pacifique, jusqu’à l’Asie du Sud-est.

            Bogota constitue notre première étape. Les logements et les transports s’improvisent au gré de l’itinéraire qui se dessine de jour en jour. Pour faciliter les échanges, j’apprends l’espagnol que Gaétan parle déjà bien. Une complémentarité et des envies communes dans le choix des étapes s’installent naturellement. Nous prenons rapidement des repères dans ce nouveau mode de vie. Nous avons mis un pied à l’étrier sur le cheval de l’aventure !

Nous découvrons une Colombie aux paysages diversifiés, entre hauts sommets qui marquent l’extrémité nord de la Cordillère des Andes, villes effervescentes où l’art de rue fait revivre des quartiers défavorisés, plages paradisiaques de la côte caraïbe, balcons d’où débordent des bougainvilliers dans les centres-villes à l’architecture coloniale. Les grands parcs nationaux, riches d’une faune et d’une flore fascinantes, nous émerveillent et attisent notre curiosité.

Un mois plus tard, nous voici en vol pour relier la capitale bolivienne. Ici nous découvrons un mode de vie plus rudimentaire. Gaétan me fait la surprise d’une étape dans la forêt amazonienne. Caïmans, singes en tous genres, coatis font notre émerveillement. Ailleurs, plus près de la Cordillère, la religion Inca a laissé derrière elle des coutumes et des reliquats de monuments ancestraux. L’altitude nous oblige à consommer quotidiennement des feuilles de coca. Les tenues traditionnelles sont faites de tissages aux couleurs vives et les lamas sont parés de pompons assortis. Sur les hauts plateaux boliviens, nous découvrons un Sud Lipez perdu entre 3500 et 5000 mètres d’altitude, fait de geysers, de hauts sommets, de plaines immenses, et de lagunes auxquelles les algues donnent des couleurs laiteuses improbables se déclinant en verts, en bleus et en rouges. Nous partageons la route avec lamas, vigognes, flamands et renards. Le désert de Dali transporte véritablement en terres surréalistes. Le Salar d’Uyuni, quant à lui, saisit immanquablement par son immensité grandiose.

Ⓒdessin Sophie Chone Solmaz - The Mag' magazine lyon et beaujolais
Ⓒ Sophie Chone Solmaz

Un mois plus tard, nous voici en vol pour relier la capitale bolivienne. Ici nous découvrons un mode de vie plus rudimentaire. Gaétan me fait la surprise d’une étape dans la forêt amazonienne. Caïmans, singes en tous genres, coatis font notre émerveillement. Ailleurs, plus près de la Cordillère, la religion Inca a laissé derrière elle des coutumes et des reliquats de monuments ancestraux. L’altitude nous oblige à consommer quotidiennement des feuilles de coca. Les tenues traditionnelles sont faites de tissages aux couleurs vives et les lamas sont parés de pompons assortis. Sur les hauts plateaux boliviens, nous découvrons un Sud Lipez perdu entre 3500 et 5000 mètres d’altitude, fait de geysers, de hauts sommets, de plaines immenses, et de lagunes auxquelles les algues donnent des couleurs laiteuses improbables se déclinant en verts, en bleus et en rouges. Nous partageons la route avec lamas, vigognes, flamands et renards. Le désert de Dali transporte véritablement en terres surréalistes. Le Salar d’Uyuni, quant à lui, saisit immanquablement par son immensité grandiose.

C’est en bus que nous traversons la frontière pour gagner le nord de l’Argentine. La gentillesse et l’accueil des argentins sont formidables. Le pays est vaste. Nous n’en explorons en cinq semaines qu’une infime partie. Notre itinéraire nous conduit à longer la cordillère : un vaste programme à base de domaines viticoles, de musées où sont conservées des momies centenaires et de stations de sport d’hiver. La traversée du pays dans sa largeur nous permet de regagner la Péninsule de Valdès, paradis des baleines franches australes, des phoques, des éléphants de mer et des pingouins. Nous remontons enfin en direction des spectaculaires chutes d’Iguazu, masse d’eau bruyante qui s’engouffre dans les failles terrestres.

Pour rejoindre les îles dans l’ouest pacifique, l’escale à l’Île de Pâques est un incontournable pour ravitailler les avions en carburant. L’île chilienne, la plus éloignée au monde de toute autre terre habitée, est un musée à ciel ouvert, vestige d’une époque lointaine précoloniale où les Rapa Nuis dressaient d’immenses statues en hommage à leurs ancêtres. Les moaïs s’y dressent le long des côtes, hauts de plusieurs mètres, forts de leurs dizaines de tonnes, gardiens de secrets centenaires.

Nous reprenons la route des airs pour la Polynésie Française. Ici seule la langue et la nationalité nous rattachent aux locaux. La culture, les coutumes, les modes de vie y sont tout autres. Passionnés de plongée, nous découvrons des fonds marins peuplés de coraux flamboyants qui abritent une multitude de petits poissons multicolores, mais sont aussi le décor des requins et des raies majestueuses qui quittent parfois le grand bleu pour se rapprocher des côtes.

Sans quitter la France, nous voici à présent en terres kanakes. Ici encore, une même langue pour deux cultures. La Nouvelle-Calédonie, à l’histoire récente meurtrie par les reliquats de l’époque coloniale, est par ailleurs un terrain de découverte palpitant pour les mordus de randonnée, de kayak et de plongée que nous sommes. L’accueil qui nous y est fait est riche d’enseignements.

Notre prochain avion nous conduit en Nouvelle-Zélande. Six semaines de vie dans un van rudimentaire en compagnie de deux autres amis, qui vivent ici pour un an. Geysers, volcans, fjords, plaines verdoyantes où pâturent les moutons, glaciers, sommets enneigés. Un paradis pour se mettre en quête de grands espaces.

C’est pour moi le premier contact avec l’Asie lorsque nous atterrissons en Indonésie. Bouddhisme, hindouisme et surtout islam y cohabitent. Les rues sont des dédales mouvementés où se pressent scooters et tuk-tuks. L’encens, les épices et la chaleur humide immergent dans un dépaysement brut. Au dernier étage du temple de Borobudur, d’immenses cloches dissimulent précieusement leurs bouddhas.

Nous rejoignons ensuite le continent pour le Viet Nam. Du sud en remontant vers le nord, nous longeons la côte en bus. Les parcs nationaux nous émerveillent encore par leur biodiversité. Les paysages de pics karstiques, terrestres ou maritimes, n’ont rien de semblable avec ce que nous avons pu voir jusqu’alors.

Le Laos ensuite, nous transporte dans une ambiance sereine. Les moines, drapés de rouge, de orange et de jaune, arpentent nus pieds les rues et les temples dorés. Nous partons à la rencontre des éléphants d’Asie dans un centre de conservation. Ces mammifères grandioses imposent le respect.

Le Myanmar, qui a récemment rouvert ses frontières, constitue notre dernière étape. Le retour se profile entre rizières, maisons sur pilotis du Lac Inle, temples bouddhistes qui inondent la plaine sableuse de Bagan. Demain déjà, le rêve sera derrière nous.

Personne ne saurait prédire comment va se dérouler un tel voyage. Dans l’inattendu et l’inconnu nous avons rencontré des frayeurs et des grandes joies, traversé des parcs nationaux saisissants et des bidonvilles, rencontré des personnes déstabilisantes et merveilleuses.

Fin février 2020, neuf mois après notre départ, nous atterrissons sur le même tarmac parisien. A mes quinze kilos de sac-à-dos, j’ai ajouté un médaillon inca, un pantalon indonésien, des toiles vietnamiennes et un porte-clés birman. Autant de talismans rapportés pour être semés dans le quotidien d’aujourd’hui, rappelant les paysages, les visages, les émotions, les sourires croisés sur la route. Mais aucune photo, aucun objet, ni aucun récit ne sauraient rendre avec justesse les émotions ressenties. Ce sera pour moi la peinture, qui constituera une petite échappée vers tous ces endroits, tentant de rendre avec le pinceau un peu des atmosphères qui nous ont enveloppés et tant donnés.

Saint-Exupéry écrit dans Terre des Hommes que « l’inconnu épouvante. Mais, pour quiconque l’affronte, il n’est déjà plus. » Quelqu’un aussi m’a dit un jour que le voyage c’est partir avec des valises pleines de doutes et revenir avec des valises pleines de merveilles. Tout cela a quelque chose de juste…

Nous étions partis à la conquête d’une petite part d’inconnu, découvrir un peu plus du monde, un peu plus de nous. Apprendre à connaître l’autre. Apprendre à se connaître soi. Aller confronter nos opinions à des réalités qui naviguent à des années lumières de la nôtre, et essayer d’en conclure une petite leçon, en gardant avec humilité à l’esprit que nous n’avons jamais fait, dans ce voyage, qu’effleurer.

Nous avons appris beaucoup. Pourtant nous ne savons rien.

Mais ce que l’on ne réalise pas lorsque l’on monte dans un avion pour une semblable expérience, c’est qu’il n’y aura pas de vol retour. Il s’agit en réalité d’un aller simple. Le corps rentre. L’esprit reste. Là-bas, quelque part entre les tissages des Andes, les eaux du Pacifique, ses habitants chaleureux et les jonques de Cat Ba.

Reprendre une activité professionnelle, se réinscrire dans un rythme de vie plus commun, se rendre statique de nouveau. Le quotidien d’avant ne saurait pas être celui d’après. Comme n’importe quelle expérience de vie, les opinions se muent sur la route. Il faut réapprendre les autres, ses amis, sa famille. Se réapprendre soi. Se réapproprier une vie.

Mais par-delà tout cela, le voyage appelle encore. Murmure incessant d’une mélodie plaisante.

Saurions-nous être un jour rassasiés de découvertes ?

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