Hommes et Plantes

  • Post published:26 janvier 2024
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L’attrait pour les plantes sauvages est grandissant depuis quelques années. Leur reconnaissance mais aussi leur utilisation sont recherchées. Les plantes ont de multiples vertus : alimentaires, médicinales, cosmétiques, tinctoriales etc. Un grand nombre de ces savoirs ne date pas d’aujourd’hui, ils proviennent de générations passées et ont été remis au goût du jour.

L’ethnobotanique est l’étude des relations entre les Hommes et les plantes. C’est la contraction d’ethnologie et de botanique. Ce terme a été créé aux Etats Unis en 1895 par J.W. Harshberger, un généticien et botaniste.

Elle a pour but la conservation de savoirs et de pratiques ancestrales et contemporaines autour du monde végétal.

Avant, les savoirs populaires étaient transmis oralement, au niveau de sa région, son village ou seulement à sa famille.   

Les bouleversements sociaux du XIXe siècle (exode rural, égalité dans l’accès aux soins avec l’arrivée de la sécurité sociale, perte de confiance dans les savoirs anciens, etc.) modifient le mode de transmission et marque la rupture entre tradition rurale et modernité. On passe d’une transmission orale à écrite. Contrairement aux savoirs anciens, le savoir contemporain écrit passe par des livres, des revues, internet, et aussi par l’oral avec des formations et des stages. Ce flux d’information nécessite un tri.  Il n’est plus vraiment local mais globalisé par l’utilisation de plantes du monde entier (ex : Tea tree).

L’évolution des usages dans le temps peut informer sur la transformation de nos sociétés.

Autrefois, l’Homme faisait usage d’un grand nombre de plantes sauvages pour se soigner, se nourrir et pour divers autres usages comme pour le domaine domestique (balais, vannerie, teinture, lessive…), cosmétique, les jeux pour les enfants ou pour des fêtes culturelles ou religieuses. Aujourd’hui, l’attrait pour l’usage des plantes, pour se soigner et manger, est revenu au goût du jour.

Voici quelques exemples d’utilisation des plantes sauvages dans l’assiette :

Agrémenter sa salade avec des plantes sauvages

Au printemps, on peut remplacer ou agrémenter la salade verte classique avec des plantes sauvages. Certaines ont un intérêt gustatif et nutritif. La plupart se trouvent dans les prairies, les talus ou les lisières des forêts. La mâche sauvage (Valerianella locusta), appelée communément la doucette a un goût similaire à la mâche cultivée, le pissenlit (Taraxacum officinale) dont l’on peut manger les feuilles et les boutons floraux en salade, est intéressant pour son apport nutritif, en particulier pour sa teneur en provitamine A (il en contient plus que la carotte). Plus tard dans la saison, on peut rajouter à la salade de nombreuses autres fleurs, comme celles de la campanule (Campanula) ou de la raiponce en épi (Phyteuma spicatum).

Aliment médicament : L’ortie est un bon allié nutritionnel à connaître. Elle contient une forte teneur en protéine et des vertus médicinales pour les rhumatismes, l’anémie, les problèmes de prostate… On peut la consommer de diverses manières : en soupe, en gratins, crue finement hachée, en tisane, en jus…

Et en hiver… C’est (entre autres) la saison des cynorrhodons (faux fruit de l’églantier (Rosa canina)). Il peut contenir entre 20 et 100 fois plus de vitamine C que les oranges. C’est un rosier sauvage qui pousse généralement dans les haies, les lisières des bois. Arbrisseau reconnaissable par ses tiges couvertes d’aiguillons et ses feuilles composées. Ses fleurs blanches à roses pâles sont composées de 5 pétales. Ses fruits se forment en octobre et sont prêts à être cueillis  une fois les premières gelées passées. Les « poils à gratter » présents dans les baies grattent la gorge si on les consomme directement. On peut les passer au moulin à légume afin de ne récolter que la pulpe qui pourra servir à la confection de sirop, confiture ou liqueurs.

Attention lors de cueillette de plantes sauvages : Aux risques de confusions avec des plantes non comestibles, de ne cueillir que la partie de la plante que l’on va utiliser et pas plus d’1/5 des plantes présentes pour permettre à la population de se maintenir et en laisser pour la faune. Ne pas cueillir dans des zones polluées ou protégées.

Et les légumes dans tout ça ? On cultivait avant des variétés spécifiques de légumes, fruits, céréales, plantes fourragères et ornementales, spécifiques à chaque territoire.  En effet, ces vieilles variétés ont été sélectionnées et cultivées pour leur intérêt local. Elles sont adaptées à leur terroir et aux besoins de la population locale. Comme les plantes sauvages, le savoir autour de ses variétés c’est perdu pour laisser place à des variétés hybrides …

L’étude ethnobotanique a pour but ultime la préservation et la valorisation de ce patrimoine immatériel et fragile et d’en favoriser l’accès aux habitants. 

Manon Champalle
Manon Champalle
Botaniste et ethnobotaniste
manonchamp@hotmail.fr
0616601535

Bibliographie :

Amir, M. (1998). Les cueillettes de confiance. MAne, Les Alpes de Lumière.

Couplan, F. (2020). Guide nutritionnel des plantes sauvages et cultivées.

Ducerf, G. (2014). L’encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales: guide de diagnostic des sols. Volumes 1-2-3.

Marchenay, P. (1986). A la recherche des variétés locales de plantes cultivées.

Mezei, I., Cavallo, I., Mercan, A. (2012). Cueillettes de mémoires – Histoires d’hommes et de plantes en Bauges et Chartreuse.

Mercan, A., Meyer, P. (2020). Cueillettes de mémoires en Hautes-Alpes – Histoires d’hommes, de femmes et de plantes du Queyras aux Ecrins.

Valéry, M. (2015). Mécanismes et conséquences des confusions lors de cueillettes de plantes sauvages: une approche transdisciplinaire.

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