L’art de prendre son temps

Alors que la vie de beaucoup d’entre nous ressemble trop souvent à un marathon infernal, le mouvement Slow compte de plus en plus d’adeptes et se répand dans tous les domaines de notre vie. Décryptage.

Nous sommes continuellement incités à aller vite, à produire, à être créatifs, en mouvement continuellement que ce soit dans nos activités professionnelles ou dans nos loisirs.

Au travail, la productivité est la règle, produire le plus possible, le plus rapidement possible, même si ce que nous avons produit hier sera dépassé, périmé, pilloné demain. Nous imposons à nos enfants des emplois du temps déments par peur qu’ils passent à côté d’une activité : découverte de la musique, des arts plastiques, pratique de sports multiples. Nos vacances ressemblent à des marathons, il faut tout voir, goûter toutes les spécialités, jusqu’à l’overdose. Et le marketing est là pour nous montrer tout ce que nous allons rater si nous ne nous plions pas à ces planning insensés.

Les réseaux sociaux nous invitent à publier sans cesse, à une fréquence toujours plus rapide : les défis se multiplient : un croquis par jour pour les dessinateurs, un poème quotidien pour les amoureux d’écriture, haïkus vite rédigés, vite digérés, publiés, likés, oubliés…
Jusqu’à en avoir le tournis !

Pourtant, depuis une trentaine d’années déjà des penseurs, des philosophes mais aussi un certain nombre de mouvements citoyens nous suggèrent de ralentir, nous soufflent tous les bienfaits de la lenteur.

Le processus de création est indissociable de la lenteur. Ce n’est pas devant sa table que l’écrivain crée, ce n’est pas le pinceau à la main que le peintre crée mais durant ses longues heures de rêverie, durant ses promenades au milieu de la nature, durant ses temps de flottement qui précèdent la production matérielle. C’est là que tout se met en place. Ces moments de lenteur, de calme, sont indispensables, consubstantiels à toutes création, c’est là que tout prend naissance, que tout émerge.

peinture avec pot de pinceaux et fleurs

Au fond, nous savons tous ce qui nous fait du bien. Ce qui nous reconnecte avec nous même est lié à des activités calmes et qui nécessite d’y consacrer du temps.
Il ne s’agit donc pas de lire mais de se plonger dans un roman, d’en savourer les mots, leur sonorité, leur musique et la mélodie des phrases. Jardiner n’est pas seulement bêcher, planter, sarcler mais également arroser jour après jour, s’émerveiller des premiers bourgeons, attendre les premières fleurs, guetter la formation des premiers fruits avant de pouvoir se réjouir de la récolte. De même cuisiner suppose de choisir soigneusement ses fruits, ses légumes, préparer les ingrédients, laver, égoutter, peler, émincer, mélanger, laisser mijoter. Les pâtes doivent être longuement pétries avant de reposer pour mieux s’épanouir. De même qu’il est important de laisser un bon vin décanter afin d’en laisser tous les arômes se libérer.

D’autre part, rien ne sert de multiplier sans fin nos activités quotidiennes. Parce que nous ne pourrons jamais lire tous les livres publiés, nous ne pourrons jamais visionner tous les films, nous ne pourrons pas visiter tous les lieux merveilleux que recèle la terre.
Et que s’ajoute à cette impossibilité notre besoin presque vital d’une certaine routine, même modérée. En effet, reproduire des gestes que nous connaissons, retourner dans des lieux qui nous sont familiers nous apaise, nous rassure. D’une certaine façon cela met notre esprit en pause et nous permet de nous ressourcer.

étendue d'eau avec verdure

Nous sommes de plus en plus nombreux à nous sentir tiraillés entre les valeurs prônées par notre société dont le progrès technologique, la vitesse, la productivité, la nouveauté sont les maîtres mots et nos désirs profonds de calme et de lenteur. Car cette course effrénée s’avère d’une part très anxiogène mais elle nous fait d’autre part bien souvent passer à côté de l’essentiel.

Alors bien sûr, la rapidité a aussi des vertus voire des avantages, elle nous permet de voyager plus facilement, et justement de libérer du temps pour d’autres activités plus calmes !

Alors sachons en user avec parcimonie et discernement : nous allons découvrir les monuments et cultures à l’autre bout du monde, d’accord mais n’oublions pas de garder les sens en éveil face à ce qui nous entoure.

Nous pouvons communiquer avec nos proches, nos connaissances partout dans le monde et en temps réel, c’est merveilleux presque magique mais ne devenons pas prisonniers et ne nous obligeons pas alors à devenir disponible pour chacun partout et instantanément.

Petite histoire du mouvement low

Ce mouvement qui signifie lent en anglais naît en Italie en 1986 quand le premier Mac Donald s’ouvre à Rome. Des citoyens s’indignent de cette arrivée, la restauration rapide mettant à mal selon eux le repas traditionnel italien qui rime avec lenteur et qui se conjugue avec le plaisir de préparer de bons petits plats avec des produits de qualité.

Est alors créé le mouvement Slow Food. Il s’agit de consommer des produits bios, locaux et traditionnels.

En 1999 : création en Norvège de l’Institut mondial de la lenteur dont le but est de montrer que l’innovation c’est la lenteur.

2004 : Publication de « Éloge de la lenteur » du journaliste canadien Carl Honoré.

Peu à peu ce mouvement s’est décliné dans différents domaines de notre vie.
Ainsi est apparut le mouvement Slow city qui préconise dans les villes des modes de transport doux, mais qui souhaite également végétaliser davantage les espaces urbains.
Le slow business qui s’oriente vers de nouvelles organisations du travail et se soucie du bien-être au travail.
Le slow parenting visant à respecter davantage le rythme et la personnalité des enfants en leur laissant le temps de grandir, de découvrir le monde et de les reconnecter avec la nature.
Le slow cosmetic, le slow fashion qui remet en question les modes trop éphémères et les énormes déchets que génère l’industrie de la mode.
Le slow travel qui met l’accent sur les rencontres authentiques, qui prend le temps de s’immerger et de découvrir les lieux visités plutôt que de multiplier les visites.

Ce mouvement embrasse donc les causes écologiques, prône le retour à la nature et à des modes de vie plus respectueux de la planète, se reconnaît dans les idéaux altermondialistes.
Il s’agit réellement de changer de paradigme afin d’améliorer notre qualité de vie.

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Sophie Choné Solmaz

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