Nadia Guignier, entrepreneure au grand cœur

Temps de lecture : 7 minutes

Pour commencer l’année sous le signe de l’entrepreneuriat et l’entraide, voici un superbe portrait de Nadia Guignier, co-créatrice de l’AiRe AéRée, relais itinérant de lien social pour personnes âgées en milieu rural. Cet interview chaleureux est réalisé par Guillemette Loyez.

Nadia Guignier - L’AiRe AéRée - Portrait de Guillemette Loyez pour THE MAG'

Commençons par dresser ton portrait, Nadia

Je ne sais plus quel temps il faisait cet après-midi là à Frontenas. Juste que le Printemps 2020 s’en allait et que l’été s’approchait, un jour d’après le confinement alors on ne s’est pas embrassées, mais on a partagé un café toutes les deux ! Je ne me souviens pas car chaque fois que je rencontre une femme entrepreneure avec qui je prends un café, le temps se suspend. 

Je me rappelle par contre très bien la première fois où je t’ai vue apparaître, Nadia. La session d’information “Vivre et s’installer à la campagne” que je co-animais avec ma collègue des Monts du Lyonnais pour le compte du réseau Envie d’R avait démarrée, à l’espace de coworking de Ronalpia à Lyon. Parmi la trentaine de participants, je t’ai vu arriver et pourtant tu t’es glissée auprès de nous discrètement. Tu souriais, on sentait que tu étais contente d’être là, un peu gênée d’être en retard. Et puis je me suis présentée, et toi aussi tu as signalé que tu étais du Beaujolais, le Jaune celui des Pierres Dorées pour toi, le Vert pour moi. Notre terre d’appartenance, à la fois si connue, et si différente de ce qu’on en connaît justement.

Et j’ai su que notre histoire commençait à s’écrire à ce moment-là. En 2020, deux ans après, on continue d’en tourner les pages, à notre façon. Décembre 2020, je prends enfin la plume pour parler de toi, de ton parcours d’entrepreneure et de nous, comme je l’ai annoncé dans le tout premier numéro de The Mag’, avec retard mais non moins fidèle à mon engagement.

Un relais itinérant pour personnes âgées isolées en milieu rural, voilà la raison d’être de ton projet L’AiRe AéRée. Tu as choisi de te consacrer à cette mission parce que tu as souffert de l’éloignement que procure la ruralité avec les structures de soin. Moi ça m’a touchée parce que je pense au courage qu’il faut pour oser s’atteler à une telle tâche ! Ton passé dans l’industrie, comme le mien, ta capacité à faire réseau, ton souhait d’aider ton prochain, toujours, pour amener l’autre à oser… et bien sûr ton goût invétéré pour la caféine quand tu arrives le vendredi matin au Café des échanges “- Un café ? – Ah oui !”. 

Sportive, tu l’es dans ta manière de mener à bien un projet jusqu’aux limites du possible, en apprenant à chaque étape. Et je ne suis pas sans savoir que tu serais bien tentée par le Marathon du Beaujolais en 2021 ?! 

Quand je t’entends parler de ton projet, que ce soit pour des initiés (incubateurs, fondations…) ou des novices comme c’est le cas chaque vendredi matin, c’est ta détermination et ton rire qui forcent le respect. Tu embarques avec toi ceux dont tu auras besoin pour réussir.  Tu tombes aussi, mais tu sais te relever. Tu oses dire “c’est dur”. Mais toujours tu retrouves la force d’aller de l’avant. Et dans tes doutes et faiblesses tu trouves la ressource, parce que tu ne restes pas seule. 

Nadia, parle-nous un peu de toi !

 » Je viens de Valence, une ville de 100 000 habitants aujourd’hui, alors oui j’habitais en ville mais on avait un fort rapport à la terre, notre mode de vie était plutôt rural, le quartier, c’était notre village. L’esprit village c’est ce que je cherche à maintenir dans ma vie de tous les jours.

Fille unique, j’ai été très gâtée et j’avais terriblement envie d’apprendre par moi-même. Mes parents étaient commerçants et n’avaient pas le temps, j’ai donc été élevée par mes grands-parents et mon arrière grand-mère maternelle de mon enfance à ma pré-adolescence. Mes grands-parents paternels étaient commerçants aussi, mes grands-parents maternels viticulteurs sur les Côtes du Rhône. Tous, ils m’ont éduquée, transmis leurs valeurs, appris le partage.

Encore aujourd’hui à 48 ans, je ne mets jamais aucun frein à mes ambitions et l’échec ne me fait pas peur. Sans en avoir l’air, il m’arrive pourtant de manquer de confiance et d’avoir peur du regard des autres… mais je trouve dans le sport un exutoire qui me fait aller de l’avant. Je vous livre également un secret, le rôle de maman est celui que je trouve le plus complexe ! 

Humaniste, empathique, j’aime la Nature, et tout ce que je fais nourrit ces valeurs et m’a amené à co-créer L’AiRe AéRée. « 

Nadia, raconte-nous une de tes rencontres 

 » Le voisin de mon grand-père paternel était François Sarano, plongeur sous-marin de l’équipe Cousteau… et je me voyais dans son équipe ! Cette rencontre et nos échanges, c’est ce qui fait que je me suis accrochée pour obtenir ce que je voulais, à toutes les époques de ma vie. Mon rêve à moi alors qu’il n’y avait pas de femmes sur la Calypso (à part celle de Cousteau), c’était d’être une femme à bord de ce navire mythique ! 

Au tout début de mes études c’était facile, puis peu à peu c’est devenu dur, je me suis plantée, fâchée avec ma prof… et la prépa en bio sous-marine s’est transformée en DUT génie thermique… le lien entre les deux ?! Les ressources sous-marine pour l’énergie. 

La vie était facile… Grenoble, la fête puis je prends la décision de ne pas poursuivre mes études et de me lancer dans la vie pro. J’avais besoin d’autonomie et d’indépendance. Alors j’ai bossé pendant un an dans un laboratoire de recherches mais je ne voulais pas rester technicienne de labo, du coup j’ai suivi des cours du CNAM pour être ingénieur, et j’ai abandonné… la technique bof…

La relation avec les clients, ça me manquait, je n’avais pas leur retour d’expériences. Je me suis dit que je n’allais pas faire ça toute ma vie, du coup j’ai passé un diplôme de force de vente que j’ai eu en un an. C’était parti pour un parcours d’ingénieur commerciale et de cheffe de projets pendant 20 ans, en même temps qu’à la suite de ma rencontre avec mon mari Pascal, j’étais devenue mère. 

C’était bien mais pas assez… je voulais prouver à moi-même et au monde entier que je pouvais obtenir ce diplôme, j’ai donc repris mes études pour obtenir un Master, je recherchais ma légitimité (tous les entrepreneurs font cette épreuve…), je voulais un poste de directrice, le tampon du bac + 5. Alors pendant six ans j’ai siégé au comité stratégique. J’ai beaucoup appris : vision, business plan, action… J’ai fait plein de rencontres mais le rythme était soutenu… En formation 3 jours par mois en complément de mon poste. Cela m’a permis de faire connaissance avec moi-même en découvrant le développement personnel (comment je fonctionne, mes valeurs, …). Et puis au bout de sept mois, je suis arrivée au crash, ce moment où tu abandonnes… en même temps je ne trouvais pas ça juste, je le voulais ce diplôme. Alors je l’ai eu. « 

Nadia, parle-nous de ton projet

 » Une association, oui mais je la voulais professionnelle. Avec un business plan parce que j’avais appris, je savais faire, je voulais porter une vision, la faire vivre… après il y a cette petite peur qu’on connaît tous avant de passer la ligne de départ : go/no go…ce fameux risque à prendre, alors oui il existe mais… moi je voulais prendre soin de la vie, ne pas renier mon rêve d’ado. Mon projet, c’est “vis ta vie, et même autre chose que ce qui était prévu”. Aller jusqu’au bout. Et pour ça je remercie mes aïeux pour le soin qu’ils ont pris à transmettre… à permettre. « 

Nadia, pourquoi entreprendre dans le Beaujolais ?

“Là où tu vis, vis tes rêves… fais ce que tu as envie !”

Après les Côtes du Rhône, les Bouches du Rhône, je suis dans le Beaujolais depuis 20 ans. A Frontenas, je suis élue, mes amis et mon cercle proche sont là, c’est mon cocon, mon nid. Je n’ai plus envie d’ailleurs, et c’était important pour moi d’entreprendre là où je vis. 

Entreprendre ce n’est pas rencontrer une difficulté… mais mille !

Nous sommes à la fois aux portes de Lyon, mais pas dans Lyon, c’est ce qui a fait renoncer des investisseurs… alors oui la ruralité, elle m’a créé des difficultés ! Peu de structures pour accompagner le projet, car nous sommes à la fois trop loin de la ville, et pas assez isolés, ma communauté de communes n’a pas non plus répondu présente. Heureusement d’autres programmes innovent et s’intéressent à la campagne. Mais je ne lâche rien, j’ai transformé les difficultés en opportunités. Et puis, après de nombreux échanges avec d’autres porteurs de projets, je peux dire que ça n’est pas plus dur qu’ailleurs. Si tu as un objectif, une ligne directrice et une temporalité élastique, tu vas y arriver, “on s’en sort quand on sort, n’est-ce pas ?”

Tu sais, dans la tête des gens, le Beaujolais est une terre de viticulteurs, tu ne peux avoir que des projets autour du vin. A chaque fois on m’a demandé de rapprocher cela de la viticulture mais ça n’avait pas de sens pour moi ! La réalité économique dans le Beaujolais c’est celle du vin, et pour moi ça été un frein. Mon projet aurait eu plus de sens à Tarare, dans le Beaujolais vert ou dans le Haut Beaujolais. Ce n’est pas un hasard si j’ai été accompagnée par Ronalpia pour son dispositif Ouest Rhodanien car plus nécessaire “là-haut”. Mais ce n’est pas grave, j’ai saisi cette opportunité et fait de très belles rencontres. 

Le monde rural n’est pas un monde lisse, et en plus chaque ruralité est différente. Je n’oppose absolument pas la ville et la campagne, il faut que l’on construise ensemble le monde dans lequel on veut vivre et travailler.

Nadia, ton mot de la fin ?

« Le bonheur de la rencontre est si fort qu’il suffit à la vie »

Pour en savoir plus sur L’AiRe AéRée, retrouvez l’association sur son site.

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