L’art au service de la thérapie : fonctionnement et bienfaits sur notre santé

  • Post published:6 mai 2022
  • Post category:Art / Culture / TOUT
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La journée mondiale du coloriage c’est aujourd’hui ! Pour rendre honneur à cette fête, découvrons l’art-thérapie, une forme de relaxation mais pas que… Alors à vos crayons, prêts, détendez-vous !

L’art au service de la thérapie : fonctionnement et bienfaits sur notre santé - THE MAG magazine lyon

En cette journée mondiale du coloriage, l’équipe de The Mag’ vous propose une interview de Fabienne BRUNETTI, art thérapeute à Villefranche-sur-Saône. Elle est la créatrice des Ateliers Gribouill’âge, art-thérapeute et conseillère en Fleurs de Bach.

Pourquoi avoir choisi cette branche de la psychologie ?

Je vais plutôt dire pourquoi j’ai choisi cette branche artistique. Dans un premier temps, c’est parce que j’avais besoin de partager ma pratique et les bienfaits que la pratique artistique avait déjà sur moi. Je dessine depuis toute petite, je suis attirée par l’art depuis enfant, j’ai choisi des études artistiques aux Beaux-arts. Au fil du temps, j’ai découvert que l’art m’aidait par rapport à ma propre histoire. L’art me permettait de m’ouvrir, de m’éveiller et d’exprimer des choses pourtant bien enfouies. Cela m’a aussi fait grandir plus vite que les autres.

Vous avez fait un cursus que vous dîtes "inversé", parlez-nous en.

En effet, j’ai fait un cursus aux Beaux-arts grâce à mon Bac en arts plastiques. Et, quand j’étais étudiante, les choses ont dévié je dirais. Pour passer mon diplôme, mon projet d’art était en lien avec la psyché humaine, car c’est un sujet qui m’a toujours passionné. J’ai toujours aimé essayer de comprendre comment l’être humain interagit avec son environnement intérieur et extérieur. En sortant des Beaux-arts, j’ai commencé à faire des projets en lien avec un public particulier, comme des jeunes de banlieue, des sans domicile fixe… J’ai donc commencé à créer des groupes, autour de plusieurs formes de l’art comme la peinture ou l’art mural, et à accompagner ces groupes. Au fur et à mesure de cet accompagnement, mon projet personnel s’est construit autour de l’entraide, que ce soit pour des problèmes interpersonnels ou plus profonds. Mon projet était donc d’aider les personnes par l’art, en leur permettant de se construire ou se reconstruire, passer des caps de la vie, ou bien aider les personnes souffrant de handicap mental ou physique. À un moment donné, j’ai dit « Je suis art-thérapeute ».

L’art thérapie est une forme de médecine mentale, mais est-elle reconnue par l’État ?

Oui, il y a des écoles spécifiques, qui préparent à devenir art-thérapeute, mais il y plusieurs manières d’y accéder. Soit vous êtes dans un métier de soignant, donc infirmière, psychologue peu importe, et on se forme à l’art thérapie par le biais d’ateliers artistiques et psychologiques. C’est le but de ces écoles d’art-thérapie. Ou alors, il y a l’autre manière dans laquelle vous êtes un artiste et vous basculez de l’autre côté, plus médical, où vous apprenez la psychologie. Moi je suis plutôt une autodidacte, parce que je pratique depuis que j’ai 20 ans, j’ai donc pu expérimenter toutes les facettes de l’art thérapie, bien que j’aie été formée avec des modules en plus à la fac par exemple.

Quelles sont les formes d’art-thérapie ?

Il existe plusieurs formes et dérivés de l’art-thérapie, tout d’abord dans des institutions comme les IME, qui s’adressent à la maladie psychiatrique, aux personnes qui ont des handicaps mentaux ou physique. En institution, l’art-thérapeute va faire partie de l’ensemble des soignants. Vous avez aussi l’art-thérapeute sociale, donc qui va choisir d’accompagner des groupes, pour les ouvrir à l’art et leur faire découvrir d’autres modes d’existence. Et enfin, vous avez l’art thérapeute en cabinet, qui va s’adresser à l’individualité. Elle va faire face à des personnes qui ont des problématiques personnelles, et qui ont besoin de passer des caps. Personnellement je travaille plus dans le social et l’individuel, avec des pathologies qui m’intéressent, comme tout ce qui concerne les difficultés cognitives donc les troubles autistiques, les enfants avec des problèmes de dyslexie, de TDE, de TDH… J’aime travailler avec ces enfants particuliers, qui ont juste besoin qu’on les ramène à ce qu’ils sont vraiment et les réconcilier avec leur potentiel. J’accueille aussi des personnes qui souffrent de maladies comme Parkinson et Alzheimer, on avance ensemble pour une durée de moins d’un an, ce que je conseille

« Je fais partie des gens qui pensent que rien n’est hasard, si on ne pratique pas l’art et qu’on va vers une thérapie, c’est que quelque part on sait qu’on peut produire. »

En quoi consiste l’art-thérapie, comment marche-t-elle ?

Il y a de multiples formes d’art-thérapie, par la danse, les arts-plastiques, la musique, le théâtre… Moi je ne touche qu’aux arts-plastiques, même si je me sers parfois de musique pour faire ressortir des émotions à mes clients, car elle évoque des souvenirs.

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L’art-thérapie va consister à faire s’exprimer les personnes, à les aider à évoluer personnellement et de manière individuelle. Dans ce cas, il y a comme un contrat entre la personne et moi, et que même si on n’a jamais pratiqué d’art, le fait de venir faire une thérapie prouve qu’on sait qu’on peut le faire. Je fais partie des gens qui pensent que rien n’est hasard, même si on pense ne pas l’avoir et qu’on y va, c’est que quelque part elle est là. Je vais laisser alors aux clients la possibilité de choisir leur matériel, donc je leur propose plusieurs types de peinture, des feutres, des crayons, du carton et même de la terre pour faire du modelage. Ensuite, je leur propose un thème, une photographie, une musique, un tableau… à partir de cette impulsion, je vais laisser la personne créer quelque chose. Sa création va nous permettre d’exprimer ce qu’il y a en elle.

Comment voyez-vous alors l’évolution de vos clients ?

Personnellement je vois très vite ce qu’il se passe et le potentiel qui peut être mis en place pour la personne et ce qui peut l’aider à accéder à cette transformation qu’elle attend. Je travaille un peu comme un coach, à chaque étape je cherche à faire comprendre à la personne les pas qu’elle a fait, des choses qui ont été transformées et ce qui peut encore être transformé. Tous les tiroirs qu’a la personne en elle, je vais voir avec elle ceux qui sont ouverts, à ouvrir. On peut les vider et les refermer, les vider pour mettre autre chose à la place… c’est une métaphore pour dire de vider ses émotions et ces choses qui polluent le quotidien de la personne.

Sur quoi travaille l’art-thérapie ?

L’art thérapie est intéressante car elle travaille sur les émotions de la personne, ce que n’ont pas toutes formes de psychothérapie. Et ça, c’est ma vision personnelle, c’est que toute psychothérapie pour réellement avancer doit passer par l’expression des émotions. Dans mon atelier, les clients ont le droit de pleurer, d’être en colère et d’exprimer toutes leurs émotions. On a le droit d’avoir des réactions physiques, parce que c’est ce qu’il faut libérer.

L’art thérapie sert-elle uniquement à aider ou peut-elle juste détendre ?

L’art thérapie sert à guider les personnes dans leur vie et à les faire avancer sur un chemin un peu plus simple qu’il ne l’était, mais oui bien sûr elle peut avoir des fins relaxantes. Être dans l’état de créer, c’est un moment où on est toujours dans l’instant présent, où nos pensées sont centrées sur ce que l’on fait. Au fait créer c’est connecter son enfant intérieur, et c’est cet état qui est relaxant. C’est relaxant aussi de découvrir ce que l’on est capable de faire. En fonction des personnes et de leur sensibilité, elles réagiront plus à certaines interactions. Pour certaines, travailler la terre et la matière sera ce qui les relaxe le plus, tandis que pour certaines ce sera plutôt le travail des couleurs.

Est-ce que l’on peut pratiquer de l’art thérapie depuis chez nous ?

Alors, pour moi les fameux albums de coloriage, mandalas et autres c’est plus un moyen de se déstresser en se concentrant sur des motifs plutôt que de la vraie thérapie. Ce sont des outils qui vont permettre de se poser. Après, le fait de prendre une feuille, des crayons chez soi, évidemment ça va aider à se poser, mais chacun ne pourra pas interpréter ses créations et les comprendre.

Fabienne BRUNETTI 
Art-thérapeute
Les Ateliers Gribouill’Âges
214 rue Dechavanne – 69400 VILLEFRANCHE-SUR-SAONE

Site internet : https://www.fabienne-brunetti.fr/
07 81 67 44 35

Matilda Passot - étudiante en journalisme

Matilda PASSOT
Etudiante en journalisme

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